Je sens donc je suis.

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J’envie les gens qui savent tout de suite ce qui leur va et qui ne se posent pas plus de questions que ça. Moi, il m’arrive de consacrer des jours entiers de réflexion à la réalisation d’un choix. J’ai toujours cette angoisse de pas faire le bon et puis souvent, je regrette même de pas avoir choisi ce à quoi j’ai renoncé.

Quand il s’agit de choisir un parfum, l’épreuve devient cornélienne. Pour simplifier, j’attends deux choses d’un parfum : 1- Etre une enveloppe olfactive agréable et, 2- être l’empreinte fidèle de ma personnalité. 

Pour le premier volet, c’est à dire qu’il doit bien se mêler à ma propre odeur corporelle voyez, mais bon, là finalement, c’est assez facile puisqu’il suffit que je le porte quelques heures pour savoir si le mariage entre le jus et ma peau, prend ou pas. Alors bien sûr, ça dépend de la saison aussi, et je peux manquer d’objectivité, mais en principe je sais à peu près détecter si un N°5 me fait sentir la rose ou la vieille trop fardée. D’ailleurs c’est souvent le cas de n°5, sur la mouillette en carton, c’est fleuri, un peu lourd mais pas désagréable, par contre, porté, c’est autre chose, l’élixir en serait presque écoeurant et sur une peau mature, il devient insoutenable de le respirer. Je peux vous le confesser, j’ai beau être alive,  je n’aime pas n°5.

Le paradoxe, c’est qu’un parfum aussi lourd qu’Opium par exemple, quand il est bien porté, c’est carrément l’extase. Pour être tout à fait honnête, l’odeur me soulève le cœur quand j’approche mon nez du flacon, mais je l’ai déjà senti sur quelqu’un qui le rendait incroyable, enivrant, subtil, en a fait une alliance qui éclate tous les préjugés, un petit miracle.

En fait, c’est le second volet qui complique les choses, le sillon qu’un parfum laisse en signature, doit refléter fidèlement qui je suis.

Mais qui suis-je ? Aïe, disons que je sais qui je ne suis pas :

Ni une ado ni une femme enfant, par conséquent, les essences sucrées sont bannies (Angel de Thierry Mugler, Very Irresistible de Givenchy, Parisienne d’YSL, Miracle et Hypnose de Lancôme).

Ni une grand-mère, j’évite les parfums trop lourds ou qui s’apparentent à l’eau d’un vase dans lequel aurait trempé un bouquet de pivoines presque fanées (Fidji de Guy Laroche, N°5 de Chanel).

Pas envie d’être conventionnelle, les eaux de toilette block buster du type « je viens de prendre une douche, je sens le propre» sont proscrites donc. Les parfums des enseignes vestimentaires sont plaisants, confortables parfois mais tellement communs. Out la gamme des Armani, Calvin Klein, Tommy Hilfiger, Lacoste, Boss & Co.

J’aimerais un parfum audacieux mais pas provocant, je crois que je n’assumerais pas des notes qui dérangent. Vous savez ces nectars ambigus dont on n’est pas bien sûr d’identifier à quel souvenir de notre mémoire olfactive ils appartiennent.  D’ailleurs, n’est-il par merveilleux ce pouvoir de l’évocation ? Et la réminiscence grâce à laquelle des émotions passées reviennent en une inspiration ? C’est sûrement pour ces raisons qu’un parfum peut littéralement me faire tourner la tête, voire même décoller de la surface de la terre, je vous passe l’étiquetage désormais commun d’orgasmique mais on s’en approche.

L’intellectualisation des émotions si vous m’autorisez l’expression, me fait prendre un pied fou quand je décapsule le flacon d’un parfum façon Madeleine de Proust. Vous savez quand vous passez dans une rue un soir d’été et qu’une forte odeur de je ne sais quoi vous rappelle une émotion positive mais venue de loin loin loin, un souvenir que vous n’arrivez pas à identifier mais dont vous savez qu’il vous fait vous sentir bien.

Je pense aux odeurs des figues bien mûres mêlées à celle de draps en coton sec enfermés dans une armoire imbibée de lavande et de savon de Marseille, et en arrière fond une odeur liquoreuse presque désagréable mais très légère, posée sur des graviers chauffés par le soleil de juin. Cette superposition des odeurs crée une seule note extraordinaire dont on ne sait pas bien dire de quoi elle est composée même si forcément on a une petite idée. On y était presque avec Fico di Amalfi de la gamme Acqua di Parma, encore que trop light à mon goût. En tous cas, l’emballage ne ment pas, la note de tête me transporte en Méditerranée, mais avec les notes de cœur et de fond, on n’y est pas, je reste sur ma faim avec l’impression d’être abandonnée dans la garigue.

Pour en revenir aux notes qui dérangent, vous savez, ces parfums qui sentent un peu le sexe, j’imagine qu’ils retranscrivent une volonté des nez qui en sont à l’origine, j’imagine que ces notes se rapprochent de celles décrites dans pas mal de pages d’un certain roman de Patrick Süskind, j’imagine qu’elles ont une histoire et qu’elles sont prêtes à en raconter de nouvelles.

Mais ces parfums me gênent quand leur provocation olfactive est trop forte. En fait, je crois que le Sexe peut se regarder facilement, mais on n’est pas encore tout à fait prêt à ce qu’il pénètre nos narines.

« Nu » lancé par la maison YSL en automne 2001 est un échec à cette époque. Sa commercialisation s’arrête puis reprend quelque temps plus tard. Je n’arrive pas à mettre la main sur un article fiable qui parlerait de cette suspension de la commercialisation, il semblerait qu’on ait envie d’oublier. Même si le parfum est de nouveau disponible, son histoire nous raconte que le Sexe olfactif n’est pas assumé et qu’il doit être subtil pour être porté. Tom Ford, à l’origine de cette fragrance, assume pourtant cette provocation en la bien nommant « Nu », tout simplement.

Avec « Shalimar », Guerlain emprisonne une odeur sensuelle dans une bulle de poudre qui fait douter de son caractère farouche. Shalimar est un  concentré de phéromones qui incite à se lâcher dans le boudoir. La version light en « Eau » est plus facile à porter mais plus fade aussi.

Enfin, un peu à l’écart des parfumeries qui ont pignon sur rue, je suis tombée sur « Lalibela», marqué par des notes suaves et fleuries, des souvenirs d’enfance remontent à la surface mais ils ont perdu de leur innocence. On a l’impression de respirer l’intimité d’une personne, et c’est à peine si on ose reprendre une inspiration. C’est confortable et un tout petit peu dérangeant à la fois. La gamme « Memo » à laquelle appartient Lalibela est composée de parfums dont chacun constitue une invitation au voyage, comme aiment le clamer ses créateurs. Appliqué le postulat de la maison aux notes de Lalibela c’est nous laisser penser qu’il s’agit d’un voyage dans les canapés en velours d’une maison close du XIXème, ou bien dans le boudoir de Marie-Antoinette une après midi de forte chaleur. Les autres nuances de la gamme constituent des parfums subtils et absolument originaux.

Ma préférence va à Jannat dont le citron enfantin mais pas sucré me transcende. Tout est dit ou presque. Allez donc me sentir ce jus, vous m’en direz des nouvelles. Chez Colette ou Au Bon Marché.

MEMO-Jannat

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Comments
6 Responses to “Je sens donc je suis.”
  1. rondinette dit :

    Je n’ai jamais eu à me décider pour un parfum en fait. J’ai toujours utilisé ce que l’on m’a offert et j’ai toujours apprécié .

  2. Coco dit :

    Vous allez dire « mais de quoi il se mêle le mec ». Mais je suis équipé d’un bon nez (lire « grand » nez LOL) donc assez sensible aux odeurs et parfums. Hors, pardonnez mon inconscience, mais j’accorde plus mes eaux de toilette aux saisons.

    Et vrai, il faut porter un échantillon de parfum une bonne heure avant de sentir le véritable parfum qui en dérive du contact avec notre peau.

    😉

  3. Hindie dit :

    Très bon article, le style d’écriture est impec. Concernant le choix du parfum, il est difficile pour moi également, quand j’en porte un que l’on m’a offert ou que je me suis offert sur un coup de cœur, j’ai comme un doute qu’il me convienne réellement et me dis souvent qu’il y en a forcément un autre qui me ressemblerait d’avantage, mais lequel ?
    Hindie.

    http://www.pardonmymom.com

  4. partagerlavie dit :

    Très captivant la façon dont tu parles des parfums et de leurs empreintes, je pense comme toi, le parfum doit se mêler à notre propre odeur et personnalité pour en faire une seule odeur excellente qui nous ressemble mais tout en étant différente et unique

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