Feuille de style #2 – « Politique du Rebelle » de Michel Onfray (introduction)

Les amoureux de la liberté ne peuvent pas être insensibles à ces quelques lignes qui décrivent si bien la force et le courage nécessaires pour acquérir, préserver, conserver sa liberté.

Cet extrait est issu du traité intitulé « Politique du Rebelle », écrit par Michel Onfray et publié en 1999. Le traité aborde le versant politique de la philosophie hédoniste de Michel Onfray, l’introduction dont est issu l’extrait reproduit ci-après, est précédée d’une citation de Friedrich Nietzsche, « Il m’est odieux de suivre autant que de guider », tirée de son ouvrage, le Gai Savoir.

POLITIQUE DU REBELLE

Physiologie du corps politique

« Je sais ma fibre anarchiste depuis mes plus jeunes années, indistinctement, de manière confuse et trouble, qans que j’aie pu poser un nom sur cette sensibilité issue des viscères et de l’âme. Dès l’orphelinat de Salésiens où je fus envoyé par mes parents à l’âge de dix ans, dès la première main levée sur moi, dès les premières vexations infligées par les prêtres, dès les autres humiliations contemporaines de mon enfance, plus tard, à l’usine où je fus quelques semaines puis à l’école ou à la caserne, j’ai rencontré la révolte, connu l’insoumission. L’autorité m’est insupportable, la dépendance invivable, la soumission impossible. Les ordres, les invites, les conseils, les demandes, les exigences, les propositions, les directives, les injonctions me tétanisent, me vrillent la gorge, me tordent le ventre. Face à tout commandement, je me retrouve dans la peau de l’enfant que je fus, ravagé de devoir reprendre la route du pensionnat pour la quinzaine qui était devenue la mesure de mes incarcérations et de mes libérations.

Presque trente ans après mon entrée dans cette pension, je constate ma peau hérissée, ma volonté arc-boutée et ma violence sous-jacente dès qu’apparaissent des velléités d’accaparement de ma liberté. Seuls peuvent me supporter et vivre dans mon entourage le plus proche ceux qui acceptent cette chair blessée, cette écorchure encore à vif et cette incapacité viscérale à supporter un quelconque ascendant. On obtient ce que l’on veut de moi sans demander, rien dès que pointe ce qui peut s’apparenter à l’expression d’une puissance qui me mettrait en péril ou entamerait ma liberté.

Je n’ai que tardivement, vers l’âge de dix-sept ans, découvert qu’il existe un archipel de rebelles, d’irréductibles, un continent de résistants et d’insoumis qu’on appelle des anarchistes. Stirner me fut un viatique, Bakounine un éclair trouant mon adolescence. Depuis mon abordage sur ces terres libertaires, je n’ai cessé de me demander comment, aujourd’hui, on pouvait mériter l’épithète anarchiste. Loin des options datées du siècle dernier ou des démarquages de ce qui relève encore du christianisme dans la pensée anarchiste des grands ancêtres, je me suis souvent interrogé sur ce que serait, en cette fin de millénaire, l’holocauste de millions de Juifs, les camps du marxisme-léninisme, les métamorphoses du capitalise entre libéralisme échevelé des années 70 et la planétarisation des années 90, et surtout l’après Mai 68.

Avant de parvenir à ces zones contemporaines, je voudrais raconter l’hypothèse d’informations qui travaillent d’abord les viscères, le corps, la chair. Je souhaiterais retourner à des sapiences qui touchent en premier lieu une viande, une charpente, un système nerveux. J’aimerais retrouver l’époque où s’inscrivent dans les plis de l’âme les expériences génératrices d’une sensibilité dont on ne se départit jamais, quoi qu’il arrive ensuite. Mon propos est une physiologie du corps politique. Je tiens que, pour moi, l’hédonisme est à la morale ce que l’anarchisme est à la politique : une option vitale, exigée par un corps qui se souvient. »

Michel Onfray c’est aussi ça.

D’autres feuilles de style: Feuille de style #1 – « Si » de Rudyard Kipling

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :